🏛️ Impôts7 min de lecture6 mars 2026

Demande de remise gracieuse aux impôts : conditions, procédure et chances de succès

Vous devez de l'argent aux impôts et vous ne pouvez pas payer. Que ce soit l'impôt sur le revenu, la taxe foncière ou des pénalités de retard, il existe deux mécanismes que beaucoup de contribuables ignorent : la remise gracieuse (on vous pardonne tout ou partie de la dette) et le délai de paiement (on vous laisse payer en plusieurs fois).

Ce n'est pas de l'assistance. C'est un droit prévu par la loi, à l'article L.247 du Livre des procédures fiscales (LPF). Encore faut-il savoir comment le demander, et surtout, comment maximiser ses chances.

Remise gracieuse vs délai de paiement : deux choses différentes

La remise gracieuse (ou modération)

C'est une demande d'annulation totale ou partielle de votre dette fiscale. Le fisc accepte de renoncer à tout ou partie de ce que vous lui devez. Ça concerne :

  • L'impôt principal (IR, taxe foncière, taxe d'habitation résiduelle sur les résidences secondaires...)
  • Les majorations de retard
  • Les pénalités et amendes fiscales

La remise gracieuse est une faveur, pas un droit automatique. L'administration a un pouvoir discrétionnaire : elle peut accorder ou refuser. Mais dans la pratique, les demandes sérieuses et documentées aboutissent souvent.

Le délai de paiement (ou échéancier)

Plus modeste mais plus facile à obtenir : vous demandez à étaler le paiement sur plusieurs mois. Vous payez tout, mais pas d'un coup. L'administration accorde très souvent des échéanciers de 3 à 12 mois, parfois plus dans les cas difficiles.

Les deux demandes peuvent être faites simultanément : "Je demande une remise gracieuse et, si elle est refusée, un délai de paiement."

Qui peut demander une remise gracieuse ?

Tout contribuable, sans condition de revenus. Mais concrètement, l'administration regarde :

  • Votre situation financière : revenus faibles ou en baisse, charges incompressibles (loyer, pension alimentaire, crédits en cours), situation de surendettement
  • La nature de la difficulté : perte d'emploi, maladie grave, décès du conjoint, séparation, accident de la vie
  • Votre bonne foi : pas de fraude, pas de manoeuvre délibérée pour échapper à l'impôt
  • Votre historique fiscal : premier incident ? Contribuable habituellement à jour ? C'est un plus

La remise est plus facilement accordée sur les majorations et pénalités que sur l'impôt principal. Demander une remise des majorations de retard quand vous avez payé le principal avec du retard : ça passe souvent. Demander l'annulation de l'impôt lui-même : c'est plus rare, mais pas impossible dans les situations vraiment précaires.

Comment faire la demande

La voie recommandée : impots.gouv.fr

Le moyen le plus simple et le plus rapide :

  1. Connectez-vous à votre espace sur impots.gouv.fr
  2. Allez dans la messagerie sécurisée (rubrique "Écrire à l'administration")
  3. Choisissez le thème "Difficultés de paiement" ou "Demande de remise gracieuse"
  4. Rédigez votre demande et joignez les pièces justificatives en PDF

L'avantage : vous avez une trace horodatée de votre envoi. La réponse arrive dans la même messagerie.

Par courrier

Adressez votre demande au Service des impôts des particuliers (SIP) dont vous dépendez. L'adresse figure sur votre avis d'imposition. Envoyez en recommandé avec AR si le montant est important.

Que mettre dans votre demande

Votre courrier doit contenir :

  • Vos coordonnées : nom, prénom, adresse, numéro fiscal (13 chiffres, en haut à gauche de votre avis d'imposition)
  • L'impôt concerné : nature (IR, taxe foncière...), année, montant, références de l'avis
  • Votre demande explicite : remise gracieuse totale ou partielle, et/ou délai de paiement avec le calendrier proposé
  • Les motifs détaillés : décrivez votre situation financière de manière factuelle et chiffrée
  • Les pièces justificatives : bulletins de salaire ou attestation France Travail, relevés bancaires, avis d'imposition, justificatifs de charges (loyer, crédits), attestation de handicap ou certificat médical si applicable

Soyez précis. "Je suis en difficulté" ne suffit pas. "Mon revenu mensuel est de 1 200 €, mon loyer de 650 €, j'ai un crédit auto de 180 €/mois, et suite à mon licenciement en novembre 2025 je ne peux pas payer les 1 800 € de taxe foncière réclamés". Voilà, c'est concret.

Les délais de réponse

L'administration doit répondre dans un délai de 2 mois. L'absence de réponse au-delà de 2 mois vaut rejet implicite. Vous pouvez alors contester ce rejet.

En pratique, les services fiscaux répondent souvent en 2 à 6 semaines, surtout si la demande est bien documentée.

En attendant la réponse : suspension des poursuites ?

La simple demande de remise gracieuse ne suspend pas automatiquement les poursuites. Si vous avez reçu une mise en demeure ou un avis à tiers détenteur (ATD = saisie sur compte), la machine continue à tourner.

Vous pouvez demander explicitement la suspension des poursuites dans votre courrier, le temps de l'instruction. L'administration accorde souvent ce sursis si la demande est sérieuse. Mentionnez-le dans votre lettre.

En cas de refus : les recours

Si votre demande est rejetée :

  1. Recours hiérarchique : écrivez au directeur départemental des finances publiques (DDFiP). L'adresse figure sur la lettre de refus. C'est le supérieur du SIP et il a un pouvoir de décision plus large
  2. Conciliateur fiscal départemental : interlocuteur indépendant au sein de l'administration. Sa saisine est gratuite. Coordonnées sur impots.gouv.fr, rubrique "Réclamation"
  3. Tribunal administratif : en dernier recours, si vous estimez que le refus est injustifié. Mais le juge contrôle uniquement l'erreur manifeste d'appréciation, pas l'opportunité de la décision

Les astuces qui augmentent vos chances

  • Faites la demande vite : n'attendez pas les relances et les poursuites. Une demande dès la réception de l'avis montre votre bonne foi
  • Proposez quelque chose : "Je demande la remise des majorations (340 €) et un échéancier de 6 mois pour le principal (1 460 €)". C'est plus convaincant qu'un simple "annulez tout"
  • Payez ce que vous pouvez : un paiement partiel avant même la réponse montre que vous ne cherchez pas à vous soustraire à vos obligations
  • Soyez précis et factuel : des chiffres, des dates, des justificatifs. Pas de pathos, pas de récit à rallonge
  • Mentionnez votre historique : "C'est le premier incident en 15 ans de paiements réguliers" a du poids

Les montants réels en jeu

Selon les rapports annuels de la DGFiP, l'administration accorde chaque année plusieurs centaines de millions d'euros de remises gracieuses. Le taux d'acceptation varie selon les directions départementales, mais il est généralement autour de 40 à 60 % pour les demandes correctement motivées et documentées.

Les majorations de retard (10 % pour retard de paiement, 10 % pour retard de déclaration) sont les plus fréquemment remises. Pour l'impôt principal, les remises sont plus rares mais existent, surtout pour des montants modestes (quelques centaines d'euros) et des situations de grande précarité.

La transaction : pour les cas complexes

Si votre dette est importante (plusieurs milliers d'euros) et que vous êtes dans une impasse, l'article L.247-4° du LPF prévoit la possibilité d'une transaction : un accord négocié entre vous et l'administration, par lequel vous acceptez de payer une partie et l'administration renonce au reste. C'est rare, mais ça existe pour les cas lourds.

Astuce SOS Papiers : notre modèle de lettre de remise gracieuse inclut tous les éléments attendus par l'administration, les bons articles de loi, et une structure qui a fait ses preuves. Remplissez les champs, signez, envoyez.

❓ Questions fréquentes

Quelle est la différence entre remise gracieuse et délai de paiement ?
La remise gracieuse annule tout ou partie de la dette fiscale (l'administration renonce à l'argent). Le délai de paiement étale le remboursement dans le temps (vous payez tout, mais en plusieurs mensualités). Les deux peuvent être demandés simultanément.
Quel est le taux d'acceptation d'une remise gracieuse ?
Il varie selon les situations, mais les demandes correctement motivées et documentées ont un taux d'acceptation de 40 à 60 %. Les remises sur majorations de retard sont plus facilement accordées que sur l'impôt principal.
La demande de remise gracieuse suspend-elle les poursuites ?
Non, pas automatiquement. Vous devez demander explicitement la suspension des poursuites dans votre courrier. L'administration l'accorde souvent le temps de l'instruction si la demande est sérieuse et documentée.

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